Bercer le silence, de Nathalie André et Violette Suquet, est à mes yeux une lecture indispensable sur le deuil périnatal — une réalité encore trop souvent méconnue.
Derrière des mots parfois maladroits ou des phrases prononcées pour « rassurer », de nombreux parents se sentent incompris, isolés ou privés de la légitimité de leur vécu. Cette bande dessinée documentaire contribue à faire évoluer les regards sur cette épreuve.

Avec beaucoup de sensibilité, cette bande dessinée documentaire donne la parole aux « paranges », ces parents qui continuent d’aimer un enfant qui n’est plus là.
À travers des témoignages, des éclairages et de nombreuses ressources, les autrices offrent des repères précieux aux familles, à leurs proches, mais aussi aux professionnels qui souhaitent les accompagner avec davantage d’écoute et de délicatesse.
« Bercer le silence » : des mots qui peuvent blesser
Une phrase de Judith Aquien m’a particulièrement touchée :
« Faire une fausse couche » : pourquoi cette expression vous heurte-t-elle ?
C’est une manière de mettre du faux là où l’expérience est extraordinairement réelle, tragique à vivre. Le verbe « faire » présente aussi la femme comme l’artisane de ce qui lui arrive et nourrit tout un imaginaire : celui de la mère qui bouffe ses enfants. Ce qui génère culpabilité et isolement.
Pour ma part, la seule chose que j’attendais après mon arrêt naturel de grossesse […], c’était qu’on me dise : « Ce n’est pas votre faute. » Avoir une explication, cela aide aussi les femmes à se réparer. Or, encore aujourd’hui, on leur dit uniquement que « la grossesse s’est arrêtée ». Elles ne savent pas pourquoi c’est arrivé, ce qui peut être fait, etc.
Ces propos mettent en évidence combien le choix des mots a son importance. Certaines expressions, pourtant couramment utilisées, peuvent engendrer de la culpabilité, du désarroi et beaucoup de solitude.
Quand l'accompagnement n'est pas à la hauteur de l'épreuve
Au fil des témoignages, les autrices mettent également en lumière la violence parfois vécue lors de l’annonce ou de la prise en charge du deuil périnatal. Des mots maladroits, un manque d’explications, l’absence de reconnaissance de l’enfant perdu ou encore le fait d’être hospitalisée dans un service de maternité aux côtés de familles accueillant leur bébé peuvent laisser des blessures profondes.
Sans remettre en cause l’engagement des professionnels de santé, ces récits prouvent combien le manque de moyens, de temps et de formation autour du deuil périnatal peut accentuer le sentiment d’isolement et le désarroi des familles. Ils soulignent également la nécessité d’un accompagnement plus adapté face à cette réalité encore trop souvent minimisée.
Un ouvrage précieux pour ne plus traverser cette épreuve dans l'isolement
J’ai particulièrement apprécié la diversité des témoignages, la douceur des illustrations et la richesse des ressources proposées.
Ce livre ne prétend pas apporter de réponses toutes faites. Il offre avant tout un espace où chacun·e peut se sentir entendu·e, soutenu·e et moins seul·e face à cette épreuve.
Parce que le deuil périnatal existe.
Parce qu’il peut laisser un profond sentiment de solitude.
Parce qu’aucun parent ne devrait avoir à porter cela seul.
Un ouvrage précieux que je recommande chaleureusement aux familles touchées par le deuil périnatal, à leur entourage, ainsi qu’aux soignants et accompagnants qui souhaitent porter un regard plus ajusté sur cette réalité.
Pour aller plus loin, je vous invite également à découvrir cette vidéo de Brut qui relaie les 8 demandes formulées pour une meilleure prise en compte des arrêts naturels de grossesse. :
https://www.brut.media./fr/videos/fausses-couches-8-demandes-pour-leur-reconnaissance
Bercer le silence – Nathalie André et Violette Suquet.
